| Magdi
Youssef
Pour une Démocratisation
/ Démysification du Théâtre:
|
|
| Si
chaque époque a ses propres réalités, elle a aussi
ses propres mythes qu'elle érige souvent en "axiomes" évidents.
Parmi ces mythes largement admis de nos jours comme axiomes, on peut citer
l'assertion selon laquelle le théâtre serait un phénomène
occidental à telle enseigne que d'aucuns fondent leurs conceptions
de "l'unité de la littérature européenne" sur cet
"axiome" mythe. (1) Pour ceux-ci, le théâtre est bel et bien
un phénomène européen, et si vous voulez l'emprunter
vous devez préserver son moule occidental (Western FORM) et vous
pouvez ensuite verser dans le moule ce que bon vous semble de l'essence
et des cultures de l'Orient, ou le laisser tel quel, l'aborder et le traiter.
Et si vous avez changé quoi que soit dans ce moule"occidental",
votre acte sera considéré comme n'ayant rien avec le théâtre,
car le théâtre, comme tout jeu, a ses propres "règles
" et quiconque les a transgressées se trouve en hors jeu (2).
L'étonnant, c'est que parmi les apôtres de cette catégorie mythe figurent des chercheurs de renom en sociologie du théâtre (3), pourqui il aurait été plus approprié de se méfier d'y ajouter foi et de s'y faire l'écho. Ces mêmes chercheurs qui savent très bien que la scène italienne , par exemple, n' a été crée que pour satisfaire un besoin précis qui a déterminé sa disposition de cette manière, afin qu'elle soit en face du cabinet du Roi, considéré comme son protecteur, à l'ombre de relation socio économiques spécifiques et dans le cadre de l'étiquette observée à la cour royale et ses contraintes formelles. Pourquoi donc avoir besoin par exemple, de cette scène artificielle avec ses coulisses et rideaux lorsqu'il s'agit d'une veillée populaire, ou il ya ni maître ni subalterne, ni gouvernant ni gouverné et tous les gens sont égaux, qu'ils soient présentateurs ou récepteurs du spectacle, même si en recevant celui-ci, ces derniers n'étaient ni moins créatifs que ses " producteurs" initiaux ni moins enrichissants du même spectacle grâce à des ajouts aussi spontanés que directs. La "Halka" (cercle) au Maghreb arabe et
le "Samer" Egyptien ne seraient ils pas plus proches, et donc plus à
même, de réaliser ce plaisir "artistique" d'une façon
telle que production et consommation "théâtrales " soient,
non plus séparées, mais entremêlée pour atteindre
le maximum de délectation consommation à la fête de
l'épuration de production la plus flamboyante et la plus spontanée,
et vice versa?
Est-ce pour cela qu'il n'est pas permis de considérer la "Halka" solidement enracinée dans le Maghreb arabe et le "Samer" (le veilleur) Egyptien (4) comme faisant partie de l'acception du théâtre? Il n'est pas dans mon esprit ici de "m'insurger" contre les traditions et les concepts du théâtre prévalant dans le monde d'aujourd'hui, car ils ne méritent rien de cela, pour une raison simple c'est qu'ils renversent les choses, afin qu'elles soient conformes aux normes de la culture dominante dans notre monde. Cependant, n'avons nous pas le droit, en tant que chercheurs, de nous interroger quel sera parmi les deux modèles, celui qui est de nature à réaliser le jeu théâtral, le modèle qui se joue, au niveau de la forme, la production à la réception? Où bien le modèle qui rend la réception plongé plus profondément dans la production immédiate du texte et qui fait que le texte soit plus uni et plus associé avec ses récepteurs? C'est une simple question. Si par hasard le théâtre "occidental", vu sous l'angle de cette modeste forme de communication, et qui constitue l'un des principaux supports soutenant l'opinion des apôtres de la littérature européenne, venait d'être démystifiée et dépouillé du mythe de sa prétendue supériorité, les apôtres de cette idée tel que E. R. CURTIUS; E. AUERBACH et R. WELLEK, s'en tiendront ils à ce qu'ils considèrent comme une "unité" européenne en matière de littérature dramatique ou en revanche, seront ils amenés à se tourner vers les expériences et les modèles de l'ensemble des pays du monde, qu'ils soient du Sud ou du Nord pour les apprécier sur le même pied d'égalité, pour que chacun puisse apprendre de la différence le l'autre. Le Sud à beaucoup appris des expériences
de théâtre menées dans le Nord, et il n'y a rien de
mal à ce faire. Mais, n'est il pas venu le moment de voir les peuples
du Nord apprendre de ce qui leur ont échappé des expériences
du sud, dans le théâtre comme dans la vie?
Pour un théâtre sans rive Je ne pense qu'il y ait un grand désaccord
sur le fait de considérer qu'il n'existe pas de théâtre
authentique qui joue exclusivement selon les seules règles d'ARISTOTE
ou qui s'insurge contre elle à la manière du seul théâtre
épique de BRECHT, ou qui se contente des seules expériences
de PISCATOR ou de STANISLAVSKI ou de MAYERHOD, ou du théâtre
de boulevard ou de café.
Si la coïncidence a fait que cela se produise dans les pays de l'occident parce que les lumières les ayants longtemps mis en vedette durant les temps modernes, n'est il pas encore venu le moment pour les auteurs de ces modèles afin qu'ils apprennent des patrimoines du théâtre de l'ensemble des peuples du monde, longtemps, restés éloignés de ces lumières éblouissantes? Et qui a dit que ces auteurs n'ont absolument
rien appris de cela? Les plus avancés d'entre eux n'ont ils pas
appris du patrimoine dramatique de l'Asie, tel que ARTAUD, puisant dans
le théâtre de BALI indonésien et BRECHT, puisant dans
le théâtre "NO" japonais.
Pour cette recherche constructive, on peut
transformer l'interférence (au sens négatif) entre les civilisations
en une interaction positive entre elles, basés sur la conscience
de la différence objective entre soi-même et l'autre. Sans
aucune tentative d'ethnocentrisme ou de marginalisation de l'autre et sans
chercher une fusion romantique dans le diffèrent éperdument
aimé, mais plutôt en traitant avec l'autre de façon
à rendre la perception de la réalité culturelle du
soi plus claire et donc plus à même d'apporter un plus tant
à son entité propre qu'aux autres entités.
Le théâtre en tant que modèle Si, comme le fit SISYPHE, on se pose la question, simple en apparence, de savoir ce qu'est le théâtre, et si on veut le définir tel qu'il était dans son premier élément d'ou émanent toutes ses formes et ses problématiques, serait-il risqué de dire que le théâtre constitue un modèle gestuel et interactif qui prend une position artistique donc indirecte plutôt médiatisation vis-à-vis de la nature et de la société, dans un contexte historique déterminé? Et que cette position exprime souvent une relation conflictuelle entre les idées dominantes et des idées dominées dans une société donnée, liée aux rapports entre les gens de cette société, à travers son approche de patrimoine du théâtre et des modèles qui lui sont propres. Si nous supposons, sur le plan dialectique,
qu'une société donnée venait d'être débarrassé
de toutes formes de conflits ou de différences il serait possible
que cette société ait son théâtre ce théâtre
revêtira mêmes deux aspects contradictoires, le premier aspect
confirmera la conception ou l'illusion prévalant qu'il n'y a pas
de vraie différences, dans cette société, aspect probable
généralement dans le théâtre de divertissement
et de consommation où le spectacle se termine traditionnellement
par une fin heureuse (Happy End).
Cette méthode en elle-même,
ou ce modèle théâtral, est en soi une position vis-à-vis
des relations entre les hommes qui ne sauraient être qu'éclairante
ou obscurcissante selon qu'elle met en évidence les illusions des
participants à cette relation sociale bien déterminée
et qu'elle essaie de fortifier en illusions par un discours dramatique
susceptible de l'accentuer ou bien de les démasquer et les mettre
à nu.
De son côté le théâtre
expérimental reste incapable de dépasser cette tendance et
même de la développer.
Mais il, serait de bon augure de
constater que le coût énorme du théâtre technologique
a rendu son imitation impossible dans la plupart des pays du monde, dont
les peuples vivent de l'importation des denrées qui servent à
fabriquer leur pain quotidien, à laide de prêts américains
accordés au taux du marché.
Pour assister à la représentation
, je m'étais installé sur un simple banc de bois que je partageais
avec d'autres spéctateurs . Je venais d'avoir une journée
éreintante que j'avais passée , debout , dans un train bondé
de Paris à Avignon et où j'avais toutes les peines du monde
à trouver un endroit où poser le pied durant tout le trajet
par un temps de canicule . Il était donc onze heures du soir et
je m'étais installé sur ce banc de bois prêt à
continuer mon sommeil que j'avais commencé lors d'une représentation
précédente ; un monologue dont le thème était
l'expatriation de Nazim Hikmet , le poête turc , dans son exil ,
comme réfugié politique adulé loin de son pays qu'il
chantait dans ses poêmes . La réprésentation était
plus qu'ennuyeuse avec la prestation univoque , j'avais profité
de l'obscurité de la salle pour sombrer dans un profond sommeil
dont je ne m'était réveillé qu'au son des applaudissements
qui me fit comprendre quele spectacle venait de prendre fin . C'est pour
cette raison que , installé sur ce banc de bois , après cette
représentation soporifique , je m'apprêtais à continuer
mon sommeil .
Et j'étais un de ceux-là. Je venais d'Allemagne, ou j'éxercais comme professeur d'université, pour assister au festival théâtral d'Avignon dont j'avais tellement entendu parler. Ma chance fut donc d'avoir été réveille de mon profond sommeil, dans lequel m'avait plongé les spéctacles de ce festival célèbre, par la représentation de cette troupe qui ne comptait dans ses rangs aucun acteur professionnel. Plus que cela, cette troupe n'avait eu recours au théâtre que pour communiquer avec le publique en utilisant un moyen inhabituel afin de lutter. C'est pour cette raison que je propose dans mon discours théorique - le discours de l'interférence culturelle - que les chercheurs puissent avoir la possibilité d'une approche contrastive des différences socio-culturelles objectives afin d'éviter toute ambiguité dans la perception des signes et innotations culturels propres à un système de valeurs et de culture different. Par cette rechèrche contrastive (et par conséquant comparative ), il est possible de transformer l'interférence (au sens négatif) entre les civilisations en intéraction positive entre elles basée sur une percéption consciente des différences objectives entre l'être et l'autre sans faire de l'être le centre ni marginaliser l'autre, sans non plus se fondre de manière éperdumant romantique dans l'autre, mais plutôt en entretenant avec l'autre des rapports tels qu'ils permettent une percéption plus claire de la réalite socio-culturelle de l'être et par voie de conséquence une plus grande capacité a enrichir l'être et également l'autre pour que cesse l'injustice et l'oppression à l'encontre de ceux qui donnaient la représentation comme portes-paroles de près d'un million et demie d'arabes émigrès sans papiers officiels leur autorisant le travail et la résidence dans la France de l'époque (milieu des années soixante dix .) Certains citoyens français jouaient avec eux quelques rôles dans cette représentation et parmis eux une femme : Mme Clancy, professeur de philosophie , dont le mari , M.Clancy , professeur de théatre à l'université de Vincènnes, actuellement université Paris VIII, aidait la troupe non professionelle ( en jargon spécialisé ) dans la mise en scène . L'écriture , quand à elle , était colléctive et ne perdait pas de vue ; l'objectif premier de la pièce : se libérer de l'injustice et de l'oppression . J'avoue que je n'ai compris quelques signes de la représentation qu'après en avoir discuté avec quelques acteurs /militants , luttant pour leurs droits par le moyen du théâtre , et ils m'éxpliquèrent ce qui m'avait échappé . Il s'avera que certains de ces signes dévoilaient des personalités publiques connus à l'époque pour leur hostilité vis à vis des étrangers et leur situation difficile . C'était donc un théâtre de libération qui visait à mettre fin à l'oppression et la duprie dont étaient victimes les émigrés arabes , et appelait les spectateurs à soutenir leur cause et se solidariser avec eux dans leurs revendications . C'est pour cela que ce théatre "modeste" avait réussi à transgresser les barrières du théâtre conformiste centré sur ses stars narcissiques et le dépassa de très loin au point de casser la barrière artificielle qui séparait la scène et le spéctateur devenant ainsi un phénomène culturel dont la presse française de l'époque se fit l'écho en reconnaissant la supériorité évidante. A Aix-en-Provence, le même mouvement
culturel présenta d'autres oeuvres théâtrales luttant
pour les droits spoliés des émigrés en France.
S'il arrivait que le public était
composite alors la représentation mêlait le français
et l'arabe ( une sorte de "franco-arabe") et il pouvait arriver que la
langue utilisée passa du français à l'arabe ou l'inverse
suivant les recompositions du public au cours de la représentation...Et
quand cette représentation fut donnée à Marseille,
voilà un quart de siècle, et que le public fut rejoint par
les marins pêcheurs qui étaient en grève pour appuyer
leurs revendications vis-a-vis des patrons de pêche, les ouvriers
de la pêche mirent les filets de pêche sur les épaules
et improvisèrent une "pièce théâtrale " qu'ils
composèrent immediatement. Dans cette pièce, ils représenterent
la duplicité des patrons pêcheurs qui les abusaient quand
il s'aggissait de leur verser leurs revenus qui correspondaient à
la quote part de la cargaison, arretée d'un commun accord . Or les
marins pêcheurs ne recoltaient que les miettes du fruit de leur labeur
que voulaient bien leur verser les patrons pêcheurs après
que ceux-ci eurent vendu le résultat de la pêche sur les marchés,
sans leur contrôle strict . Bien sur, les patrons prétendaient,
toujours, que les cours des poissons étaient bas alors qu'ils mettaient
dans leurs poches la difference entre le prix de vente réel sur
le marché et le prix qu'ils déclaraient avoir obtenu et sur
la base duquel ils calculaient la quote part revenant, comme convenue,
aux marins pêcheurs...
Jean Duvignaud a essayé d'emprunter
le concept d'anomie à Emile Durkheim pour caractériser le
phénomène de la naissance du théâtre. Je ne
pense pas que ce concept est à même de décrire ce phénomène
que je désigne comme étant une interaction socio-culturelle
théâtralisee. Car, bien que le conflit économique constitue
l'arrière plan géneral du conflit culturel et social, il
n'en est pas moins que c'est le contact entre deux cultures différentes
chacune d'elles ayant son propre patrimoine théatral qui a abouti
à ce phénomène d'enrichissement théâtral
qui a influence la vie culturelle en France et lui a apporte une dimension
nouvelle qui lui manquait.
C'est l'experience particulière,
entérree très vite qui m'inspira l'idée du "théâtre
de la vie" que j'aimerais pouvoir concretiser un jour. Quant à cette
experience théâtralequi fut entérree par le fait qu'elle
a voulu séparer le théatre et les questions sociales.
Après avoir suivi ces modèles de théâtre, permettez-moi de poser deux questions: N'y a t-il pas un metteur en scène capable de sauver l'humanité de la tentative d'hégémonie d'un modèle sur l'autre? Comment cela sera t-il possible dans le théâtre? Je pense que cela sera possible si le plus fort et la plus féroce cesse d'imposer et de généraliser sa propre culture. C'est que la plus féroce oppression n'est autre que celle qui use des armes de la culture et de l'information de façon telle qu'il soit impossible à celui qui n'est pas spécialiste ou averti de démasquer le faux dans son discours et qui, ainsi, ne tarde à tomber dans leurs pièges et à se faire l'écho de sa catégorie sans se rendre compte de leurs contradictions et sans arriver à satisfaire ses besoins réels. Si jamais les mécanismes de généralisation
du spécifique sur l'ensemble des autres particularités socio-culturelles
figurent , la prétendue suprématie de ce spécifique
dominant et la fragilité des particularités dominées,
la recherche critique doit se faire un devoir de démasquer la faiblesse
de cette tendance dominante même et les aspects positifs, non seulement
dans le modèle qui tente de dominer, mais également dans
les autres modèles marginalisés et dominés.
Cependant je ne pense pas que le fait de se débarrasser de la relation de domination des modèles de théâtre soit réalisable par un simple désengagement entre ces modèles, bien qu'une connaissance constructive de la différence objective entre les diverses particularités socioculturelles soit nécessaire à la mentalisation de l'image de soi et celui de l'autre profondément subjectif. Si cette carte contrastive basée
sur la connaissance objective et précise de la différence
de soi par rapport aux autres entités socio-culturelle est réalisée
conformément à cette méthode que je propose, il sera
possible à ceux qui appartiennent à toutes les particularités
cocio-culturelles de profiter de la différence des réalisations
culturelles accomplies par les autres particularités. Il s'agit
là d'un grand projet qui peut être adopté je l'espère
par l'organisation des Nations Unies, d'autant plus que ce sujet
trouve son écho dans ce que l'actuel l'assemblée général
de l'O.N.U. a déjà désigné "Diplomatie préventive".
|
|
| Notes
:
1. Vajda, Gyoergy:Gibt es eine europaische Literatur neben den Nationalliteraturen/Einzelliteraturen Europas?, in: Europa Provincia Mundi (Leerssen, Joep; Syndram, K.-U.), Amsterdam-Atlanta,1992, p.101. 2. Selon une conférence plenière que Jean Duvignaud a fait en 1984 à l'Institut du Théâtre de l'Académie des Arts du Caire. 3.Voir la note précédente. 4.
Voir mon livre: Brecht in Aegypten: Versuch einer literatursoziologischen
Deutung, Bochum, 1976,
5.
Voir son livre: Das politische Theater, dans lequel il a ésquissé
ses éxpériences théâtrale de l'époche
a Berlin.
|
|